La culture de tomate contre saison : le fétiche des paysans béninois

La production maraîchère constitue une composante importante de l’agriculture urbaine et péri-urbaine dans les villes du Sud Bénin (Agossou et al, 2001). Elle contribue à la sécurité alimentaire des villes (Adéoti, 2003). La production des villes de Cotonou, Porto Novo, Sèmé Kpodji et Grand Popo représente en moyenne pour certains légumes (chou, gboma, laitue, tomate, poivron, carotte et concombre) 64% de la consommation annuelle de ces villes (Adorgloh-Hessou, 2006). Sans cette activité de nombreux citadins seraient dans l’incapacité de se procurer certains légumes dont la consommation régulière permet de limiter les carences nutritionnelles graves (Gandonou et al, 2007). Le développement des cultures maraichères au Bénin afin d’assurer la révolution verte reste encore un mythe pour les Béninois bien que cela figure dans le Programme Stratégique de Relance du Secteur Agricole (PSRSA). C’est le cas de la culture de tomate.

En effet, en saison pluvieuse, ce fruit coule abondamment sur le marché au point où les paysans ne réalisent pas de bénéfice consistant mais connaissent aussi des pertes post récoltes. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui ont poussé le gouvernement à travers la création d’une usine de fabrication de purée de tomate à kpomassè ; même si cette usine peine à ouvrir ses portes. Mais en contre saison, c’est-à-dire en saison sèche (février-mars-avril-mai), le panier de 20kg-25kg de ce fruit passe de 2.000fcfa à 25.000fcfa.

Qu’est ce qui justifie cette cherté ? En fait, la tomate présente en saison sèche sur le marché béninois nous vient tout droit du Burkina-Faso (un pays fortement menacé par l’avancée du désert qui fournit de la tomate à un pays côtier).

Par conséquent, devons-nous dire que nos entrepreneurs agricoles (paysans) sont incapables de cultiver ce fruit ? J’ai bien peur que la réponse soit OUI. Puisque aux dires de Abdoul Kader AGUEH : spécialiste en cultures maraichères contre saison, le secteur est très inorganisé. Les acteurs (les paysans et les universitaires) ont du mal à travailler en réseau afin de se partager les expériences. Par exemple le bouquin du chercheur Joël Azagba : « Comment réussir la culture de la tomate en toute saison de l’année » a montré ses limites a martelé Abdoul Kader AGUEH. Pour ceux qui tentent de réussir, cela devient automatiquement un secret à garder. Par ailleurs, la tomate nécessite beaucoup d’eau or très peu d’entrepreneurs agricoles disposent de forage sur leur ferme car notre agriculture reste fortement tributaire de dame nature.

Également, en contre saison, les cultures sont victimes par exemple de l’attaque des mouches blanches. Ce qui nécessiterait donc l’utilisation de serre. Autre problème, les acariens aussi créent d’énormes pertes (http://www.agrobenin.com/les-acariens-mettent-a-mal-la-revolution-verte-au-benin/).  Or selon Mme Françoise Komlan Assogba : Chef sous-programme culture maraichères à l’Institut National des Recherches Agricoles du Bénin (INRAB), aucun produit n’arrive à lutter de façon efficace contre ces acariens. Aussi aux dires de Abdoul Kader AGUEH, les cultures maraichères nécessitent une irrigation par goutte à goutte et non une irrigation par aspersion d’eau surtout lors de la floraison. Aussi beaucoup de paysans continuent de cultiver la variété dont le nom commercial est toounvi ou akikan alors que cette dernière n’est pas rentable et est plus périssable que celle par exemple mongal.

Au vue de tout cela, pour le paysan landa, la tomate demeure un fétiche puisque sa culture en contre saison n’est toujours pas maitrisée afin d’en faire des bénéfices très importantes.

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